L’entrainement physique dans le tennis, faut-il sortir du court ?


Problématique :

Le nombre très important de matchs de tennis que doivent effectuer les jeunes joueurs de tennis sur des périodes souvent très courtes (4 matchs en 3 jours) ou 1 (voir 1 simple & 1 double) match(s) par jour pendant 5 ou 6 jours de suite, font que les coachs doivent spécifiquement intégrer des séances d’entrainement physique dans la préparation de leurs joueurs, ceci afin de leur permettre de rester en forme tout au long de leur compétition avec un minimum de fatigue accumulée. Ainsi, les entraineurs de tennis doivent travailler quotidiennement à la fois l’aspect technique, tactique, physique et mental, et font souvent appel spécifiquement à un préparateur pour la partie physique. En effet il est de plus en plus clairement reconnu que le tennis demande des qualités physiques sans faille pour atteindre le haut niveau. Il est notamment bien connu que la capacité à maintenir une efficacité technique à la fois dans les déplacements et la gestuelle durant les phases de hautes intensités d’échanges (génératrice de fatigue) ou dans les périodes de fin de match (fatigue avancée) est une caractéristique essentielle pour sortir victorieux d’un match « compliqué ».

Néanmoins, depuis de nombreuses années les entraineurs ont tendance à regrouper au sein des mêmes séances, à la fois l’entrainement physique et techniques en effectuant des ateliers sur le terrain qui permet de travailler la technique/tactique en même temps que les capacités aérobies et anaérobies. Le but étant de diminuer la vitesse d’apparition de la fatigue tout en développant les compétences physiques et techniques. Mais mettre tout cela en adéquation reste très compliqué et le pourcentage de travail dans l’une ou l’autre des filières restent souvent très arbitraires et intuitif. Le fait de procéder à des entrainements en groupe alors que chaque joueur a des besoins et des compétences différentes rajoutent encore à la difficulté. Il est par exemple essentiel de travailler à des intensités proches de la VO2max si on veut améliorer les capacités aérobies du joueur. Mais chaque joueur a une VO2max différente, et atteindre cette intensité lors de séances spécifiques tennis n’est pas simple et est souvent obtenu sur des périodes trop courtes et sur un nombre insuffisant de répétitions.

Nous ne pourrons pas aborder ici l’ensemble de cette problématique qui est complexe car dépendant d’un grand nombre de facteurs et nous nous intéresserons a essayer de trouver un moyen d’optimiser l’amélioration de la capacité aérobie d’un joueur de tennis lors de sa période de préparation. Grâce à une étude scientifique publiée assez récemment nous essayerons de répondre à une question précise : est ce qu’il vaut mieux inclure les séances de préparation physique au sein des séances tennistiques réalisés sur le terrain ou est-ce qu’il est plus efficace d’envisager au moins une séance en dehors des courts pour travailler spécifiquement l’aspect physique sans la spécificité de la gestuelle tennistique ?

Peu d’études scientifiques se sont penchées sur la question dans le tennis. Néanmoins, il en existe une publiée en 2017 qui montre des résultats très intéressants.

L'étude scientifique:

Cette étude a été réalisée sur des jeunes joueurs Espagnols âgés de 14.8 ± 0.1 ans, poids 63.8 ± 7.1 kg, taille 174.7 ± 4.8 cm. Ces joueurs sont parmi les 50 meilleurs joueurs de leur pays et s’entrainent 15+/-2 heures par semaine et jouent au tennis depuis plus de 6 ans. Ils sont habitués à faire de l’entrainement physique sur et en dehors des terrains depuis de nombreuses années. Les joueurs ont été répartie dans deux groupes, un groupe (MT) à qui on a rajouté une séance d’entrainement physique de 1H30 en dehors des terrains de tennis et une séance d’ateliers réalisée sur le terrain de tennis. L’autre groupe a réalisé les deux séances en ateliers sur le terrain de tennis (DT). Ces deux séances ont été rajoutés à l’entrainement classique des joueurs pendant 8 semaines et tout une série de tests ont été réalisé avant et après ces 8 semaines.

Il est intéressant de noter que les joueurs ont en moyenne une VO2max aux alentours de 56 ml/min/kg (VMA de 15,8km/h environ) au départ de l’étude, ce qui montre de bonnes qualités d’endurance sans que ce soit exceptionnel.

La séance en dehors du terrain consiste à travailler en intermittent, notamment des répétitions de 15sec/15sec à des vitesses entre 16.5 et 17km/h (105-110% VMA).

Les résultats :

Les résultats montrent que les deux types d’entrainement ont permis une amélioration des capacités aérobies (i.e., VO2peak (DT: +2.4%; MT: +4.2%). De façon intéressante, l’amélioration est plus importante lorsqu’une séance de préparation physique est réalisée en dehors du terrain. La même chose a été démontré dans la littérature pour les Handballeurs et les footballeurs (Bucheit 2009 ; Impellizzeri 2006). Cela peut s’expliquer par le fait qu’il existe une relation entre la quantité d’exercices à haute intensité (HR>90%) accumulée pendant la période d’entrainement en dehors du terrain et les améliorations dans les capacités aérobies. En effet l’analyse détaillée de l’ensemble des séances montre que l’intensité durant les séances intermittentes hors du court sont plus élevées. Cela montre qu’il est clairement plus facile de bien calibrer des exercices à haute intensité en dehors des ateliers de tennis et que la précision des intensités en est également meilleure. Cela permet clairement une meilleure individualisation.

L’amélioration des performances lors du test du « 30:15 (i.e., VIFT) » est aussi supérieure dans le groupe MD, ce qui peut s’expliquer par l’amélioration plus importante de la VO2peak dans ce même groupe. En effet il ne faut jamais oublier qu’avoir une meilleure capacité aérobie permet de récupérer plus rapidement dans un intervalle de temps plus court, ce qui forcément permet d’améliorer les performances pour ce type d’effort où il y a des périodes de récupération courte (15sec). Il est cependant difficile de savoir si l’amélioration est ici due plutôt à la composante centrale (cardiovasculaire) ou périphérique (musculaire) ou les deux. Si la composante musculaire est améliorée, il est important de noter qu’il est impératif de faire travailler les bons muscles lors de ce type d’entrainement (cad les muscles sollicités dans le tennis), sans quoi ces améliorations ne seront que peu utiles.

Concernant les tests de sprints et d’agilités, les 8 semaines d’entrainement n’ont pas permis d’amélioration significative dans aucun des groupes. Ces résultats sont cohérents avec la littérature scientifique qui ne montrent pas de changements au niveau des tests d’explosivité, de puissance et de vitesses avec une méthodes de travail en intermittent aérobie qui a pour objectif d’améliorer les capacités d’endurance.

Une variable qui est la charge d’entrainement est crucial afin d’obtenir une amélioration de la performance qui soit la plus importante possible. Cette étude montre clairement qu’il faut une intensité et une charge d’entrainement importante. D’un autre côté il faut toujours rester vigilent et ne pas oublier que les périodes de récupération sont primordiales afin de mettre en place les adaptations et ne pas passer en état de surentrainement qui est clairement extrêmement péjoratif en termes de performance. Les chutes de confiance sont alors rapides et difficile à surmonter.

Conclusions

Cette étude de Fernandez et al. 2017 est la première qui montre que combiner une séance de préparation physique sur le terrain avec une séance de préparation physique en dehors du terrain est plus efficace en termes d’amélioration des capacités aérobies. Cela permet d’optimiser les charges, ainsi que les intensités d’entrainement menant à un bénéfice plus important.

Un des paramètres clés du tennis est l’apparition de la fatigue. Etant donné que la fatigue est à la fois dépendante des capacités aérobies, mais également des capacités anaérobies lactiques et alactiques, il serait intéressant de savoir s’il ne serait pas également important de réaliser des séances qui font travailler ces filières en dehors du terrain de tennis. De la même manière, il serait intéressant d’arriver à mieux apprécier l’importance des capacités aérobies dans la performance tennistique, notamment en termes de qualité de jeu, que ce soit en début, milieu ou fin de match. Ainsi, même si ce paramètre n’est pas le plus important pour le gain d’un match de tennis, il est fort à parier qu’à un niveau tennistique proche, cette qualité, qui demande énormément de travail, joue un rôle essentiel dans le choix final du vainqueur, notamment après une semaine de compétition intense.

Article rédigé par ©ExclusivSport

Tableau récapitulatif des tests avant et après les 8 semaines d’entrainement (DT : séance uniquement avec ateliers tennis) ; MT : 1 séance atelier tennis et 1 séance hors terrain d’interval-training).

CMJ : countermovement jump

Sprint de 20m avec temps intermédiaire 5m, 10m

505- : Temps mis pour réaliser 5m avec un changement de direction de 180°C

VO2peak : consomation d’oxygène mesuré lors d’une épreuve d’effort sur tapis

30-15IFT : Test intermittent à vitesse croissante

REFERENCE: “The Effects of Sport-Specific Drills Training or High-Intensity Interval Training in Young Tennis Players” by Fernandez-Fernandez J, Sanz D, Sarabia JM, Moya M International Journal of Sports Physiology and Performance


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